« L’esprit IngénieuxSud » pour impacter toute l’université

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Jean-Pierre Raskin.

« L’esprit IngénieuxSud » pour impacter toute l’université

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Jean-Pierre Raskin est chercheur et professeur à l'École Polytechnique de Louvain mais également, depuis 2012, co-responsable du cours-programme IngénieuxSud. Organisé par l’UCLouvain et Louvain Coopération, ce cours permet, chaque année, à environ 200 étudiants belges et de pays du Sud de travailler ensemble à la réalisation de 25 projets concrets et durables. Il répond aux questions du Devlop’.

LC : La première édition d’IngénieuxSud avait lieu en 2013 et depuis lors, on constate un engouement toujours plus important autour de ce programme. Quels sont les ingrédients de son succès ?

JPR : Aujourd’hui, les étudiants recherchent du sens, du concret, de la diversité mais aussi une technologie un peu plus humanisée, dans laquelle l’objet du service rendu à la société est plus au centre. Et je pense qu’ils retrouvent tous ces éléments dans ce que leur propose IngénieuxSud.

LC : Et son succès d’un point de vue institutionnel ?

JPR : L’université est consciente aujourd’hui de la nécessité d’offrir à ses étudiants des savoirs ancrés dans la réalité et qui répondent aux défis de la société. IngénieuxSud c’est aussi un dispositif pédagogique qui permet de travailler des compétences transversales souvent absentes, telles que la citoyenneté globale, la pensée critique, l’interculturalité ou encore l’interdisciplinarité. C’est pourquoi l’UCLouvain soutient tant IngénieuxSud. Nous réfléchissons d’ailleurs à la manière dont ce cours pourrait impacter le reste de la formation.

LC : Pourriez-vous nous en dire plus ?

JPR : Il y a actuellement des discussions avec les autorités de l’université à propos du développement d’un Service Learning (concept d’enseignement qui met en avant l’apprentissage par l’expérience et le service rendu à la communauté) sur base du modèle d’IngénieuxSud. Ce ne serait pas nécessairement autour de projets impliquant des pays des Suds, mais nous garderions la même philosophie et les mêmes objectifs, soit fournir un service à la communauté, avoir une expérience concrète, développer une approche holistique, des compétences transversales et des partenariats équilibrés entre l’université et des acteurs de la société civile.

LC : Qu’est-ce que Louvain Coopération peut apporter à un académique comme vous ?

JPR : Je dirais l’approche terrain, la recherche-action. Je travaille habituellement sur des recherches, des questions scientifiques dont le périmètre est extrêmement étroit. À l’inverse, Louvain Coopération me met en contact avec des entreprises des 4 coins du monde, avec des acteurs sociaux, des populations, des scientifiques de domaines variés…. Cela m’apporte vraiment ce côté projets concrets à portée sociale, et qui nécessitent une vue beaucoup plus large et beaucoup plus transversale. Le fait de côtoyer Louvain Coopération m’a vraiment ouvert sur cette transversalité. C’est très riche pour moi, en tant qu’académique, mais également pour les assistants, les chercheurs, les étudiants…

LC : Et, inversement, que pouvez-vous en tant que professeur, apporter à une ONG comme Louvain Coopération ?

JPR : Je ne sais pas si j’ai apporté une réponse technique aux questions que peut se poser Louvain Coopération et, si je l’ai fait, super ! Mais j’espère en tout cas avoir contribué à démystifier ce qu’on appelle les sciences, à montrer qu’elles sont remplies de doutes et que c’est uniquement en travaillant ensemble, collectivement, que l’on peut avancer. J’espère avoir permis de développer des échanges et des collaborations plus équilibrés, notamment entre Louvain Coopération et l’UCLouvain, car je pense qu’on en a vraiment besoin. Je crois profondément à l’apport du collectif, mais il ne peut être que si on donne à chacun une place juste et la possibilité de contribuer avec ses outils.

LC : En 2016, vous formuliez le souhait qu’IngénieuxSud puisse toucher toutes les facultés. Est-ce toujours votre volonté ?

JPR : Oui, et, depuis lors, on a facilement doublé le nombre d’étudiants qui participent chaque année, et on dépasse le secteur des sciences et technologies. On accueille notamment des étudiants de la LSM, des Lettres, ou même d’autres universités. Donc, c’est déjà un peu le cas, mais en minorité. Maintenant, je reformulerais peut-être, en souhaitant qu’IngénieuxSud serve d’exemple pour développer plusieurs projets similaires au niveau de la philosophie, mais avec une porte d’entrée autre que la technique. Cela pourrait être une question anthropologique ou sociologique par exemple. Mais en tout cas des projets concrets et transversaux, où les étudiants, les professeurs et les assistants seraient obligés d’adopter une position, une approche systémique.

LC : Un mot pour conclure ?

JPR : J’espère vraiment que le développement d’un Service Learning, de ces nouveaux projets, sera coconstruit en bonne intelligence avec différents partenaires dont Louvain Coopération devra faire partie.

 

Cet article est tiré de notre nouveau journal Devlop' (PDF).
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