Trois mois de stage au Cambodge

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Stage au Cambodge.

Trois mois de stage au Cambodge

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Maud Jadot, jeune diplômée en médecine, a eu la chance d’effectuer un stage au Cambodge avec Louvain Coopération. Aujourd’hui, elle prête son expérience à nos équipes dans la construction de nos futurs projets. Entretien.

LC : Comment as-tu connu Louvain Coopération ?

MJ : Ce sont eux qui m’ont permis de réaliser mon stage l’année passée. Je suis partie trois mois au Cambodge, à Kampong Cham, où je travaillais dans un hôpital régional. D’abord, six semaines en obstétrique, et ensuite en médecine interne.

LC : Selon toi, qu’apporte ce type de stage dans une formation en médecine ?

MJ: Je sais qu’il y a beaucoup d’étudiants qui n’osent pas faire de stage à l’étranger par peur de perdre ce temps d’apprentissage en Belgique, en sachant qu’on a assez peu de stages. Mais, pour moi, ce sont des expériences trop peu valorisées, très riches et indispensables, aussi sur l’apprentissage d’autres choses que la médecine pure. Déjà en termes d’ouverture à d’autres types de médecine, c’est une manière d’être plus proche de la réalité d’autres terrains. J’ai aussi beaucoup appris du contact avec les patients. À part les médecins, personne ne parle anglais. Cela m’a poussé à développer d’autres techniques, la communication non verbale étant une partie essentielle de notre prise en charge. De plus, on se retrouve vite à reproduire les mêmes gestes que le personnel médical, j’ai par exemple pu réaliser des accouchements seule, avec l’aide des sages-femmes, ce qui est un cadeau de confiance extraordinaire et qui donne envie de donner le meilleur de soi. C’est une chance inouïe de pouvoir réaliser ceci dans notre parcours.

LC : Tu dirais que ce stage t’a changée quelque part ?

MJ : Comme toute expérience dans la vie, il m’a fait avancer humainement, m’a permis de m’interroger sur pas mal de choses. Il m’a aussi rendue plus humble face aux situations que je rencontre, m’a permis de me rendre compte qu’il y a beaucoup de choses que je ne sais pas, que je ne connais pas. Des réalités beaucoup plus dures que les nôtres. Le peuple cambodgien a une histoire terrible, très compliquée et très récente. Et j’ai appris à intégrer cela dans les soins, à comprendre les interactions, le rapport au corps, à la mort, à travers la culture. Cette relation entre la culture et la médecine est pour moi une source de partage infinie.

LC : Il y a eu des moments plus difficiles ?

MJ : C’est sûr qu’on vit des malheurs, des injustices. Par exemple, la mortalité infantile reste élevée au Cambodge. C’est toujours une tristesse d’assister à cela. Culturellement, le peuple cambodgien exprime peu, ils restent donc très stoïques face à la mort, pourtant cette souffrance est bien là. Cela nous rappelle évidemment aussi la chance d’avoir un système médical fonctionnel en Belgique.

LC : Et des souvenirs forts ?

MJ : Les accouchements qui se passent bien sont vraiment des moments magiques. Je me souviens surtout d’une patiente, la seule qui parlait un peu anglais. On était là avec nos quelques mots échangés, à converser. C’était super beau de pouvoir partager un moment si intime.

L’interaction avec l’équipe médicale était géniale aussi, nous allions manger des nouilles sautées au marché le soir, partagions beaucoup sur les différences entre le système belge et cambodgien, le mode de pensée, la vision de la médecine également. C’était très intéressant, et les adieux ont été remplis d’émotions pour moi. J'en profite pour placer une petite pub pour la coopération entre Corentin, un jeune belge et Somadaline, cambodgienne, deux personnes incroyablement motivées, qui ont créé ensemble une marque solidaire de vêtements et accessoires, maintenant vendus en Belgique (Cambobe sur Facebook) et que nous avons eu la chance de côtoyer.

Une partie de pêche.

LC : Et, aujourd’hui, tu te lances dans une autre mission pour Louvain Coopération ?

MJ : Oui, les équipes de l’ONG sont en train de rédiger le nouveau programme DGD, qui contient tous les projets qui seront financés par l’Etat belge pour les 5 prochaines années. Les différentes équipes pays ont produit un plan de travail de ce qu’elles voudraient mettre en œuvre. Mon rôle est d’analyser les projets qui touchent à la santé et d’y déceler d’éventuelles incohérences, d’interagir avec les équipes à l’étranger pour concrétiser les idées. J’aide aussi à pousser plus loin les recherches, à analyser les résultats obtenus et à estimer ceux qu’on pourrait obtenir dans 5 ans…

LC : Tes expériences te sont précieuses pour cette mission ?

Oui, comme je suis allée au Cambodge et au Congo, deux pays où Louvain Coopération est active, cela me permet de mieux comprendre comment tout fonctionne sur place et d’avoir des échanges plus pertinents, savoir ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas. Mais, surtout, j’apprends beaucoup des équipes de Louvain Coopération. Je dirais à nouveau que j’apporte un peu de connaissances, et que j’en reçois beaucoup en retour.